La liberté de la presse à l’épreuve

La liberté de la presse à l’épreuve

de l’évaluation

Session d’hiver de l’Université du Développement  Social,

organisé par le CERSS

avec l’appui du Ministére de la Communication

15-16 novembre 2013, Rabat

 

Dans le cadre de son Université du Développement Social, le CERSS organise, en partenariat avec le Ministère de la Communication …, à Rabat, les 15 et 16 novembre 2013  la deuxième édition du symposium « Evaluer l’évaluation »,  dans le cadre de la session d’hiver de l’Université du Développement Social consacrée au thème « La liberté de la presse à l’épreuve de l’évaluation ».

 

Argumentaire :

L’examen  d’un échantillon significatif de rapports élaborés par diverses institutions reconnues dans le débat public aux plans national et international, permet de prendre connaissance de l’évaluation, entre autres, de la liberté de la presse, au Maroc et ailleurs. Cette littérature suscite interrogations et observations. Plusieurs axes d’études et d’échanges semblent s’imposer à l’analyse.

  1. I.            Evaluer l’évaluation :

L’appréhension de la méthodologie usitée, à travers l’étude de quelques uns de ces rapports qui font autorité, ou se positionnant en tant que tels,  peut permettre de dialoguer, expliquer, débattre, comprendre  les logiques, les paradoxes et les contradictions. Qu’est ce qui fait la force de certains de ces rapports ? Quelles sont les limites de ces exercices ? D’où viennent les dimensions pertinentes, les aspects positifs, mais aussi les irrationalités, les perceptions manifestement inéquitables, ostensiblement infondées, directement inquisitoires? Comment s’atteler à faire la part des choses, à prendre le recul nécessaire pour apprécier objectivement ces phénomènes et mécanismes?

Réussir la formulation des bonnes questions, clarifier les problématiques, partager les argumentaires, confronter les malentendus, poser les bases d’un dialogue multiforme : il s’agit là d’objectifs volontairement modestes mais qui peuvent lever quelques quiproquos, rompre des glaces et décongestionner des passerelles d’échanges, de partage de l’information pertinente et faire bouger des lignes sur la voie de la compréhension mutuelle et de la lutte contre les clichés, les préjugés, les anathèmes, de quelque côté qu’ils se manifestent. 

Selon la ligne de perspective qui oriente les regards et les points de vue, la question semble se poser parfois en termes de désaffection, de désamour, de désillusions, voire de frustrations et de déceptions.

D’un autre point de vue, dès qu’il s’agit d’évaluation, de notation, de jugement, la tentation est grande de verser dans des discours paternalistes, condescendants et donneurs de leçons, suscitant parfois des réactions épidermiques de rejet et d’anathèmes de toutes sortes.

Mais, entre ces diverses réactions épidermiques, la coproduction de référentiel commun et partagé implique une foi en la possibilité de déchiffrer et de comprendre les appréciations, les observations, les comparaisons, les  critiques, les blâmes et les usages médiatiques, idéologiques et politiques... Comment repérer légitimement le regard équitable de l’inéquitable ? Comment reconstituer cette syntaxe nécessaire d’identifier des indicateurs, d’élaborer des grilles de lecture du réel et des données, de dégager des paramètres, de fixer des normes d’analyse et d’appréciation, de postuler des barèmes, des pondérations, des bonus…dans une quête de construction d’une objectivité, d’une rationalité qui sont souvent sujets à des aléas d’interprétation qui fragilisent la rigueur proclamée et la distance souhaitée ?

Le corpus référentiel qui sous-tendra les analyses, les démonstrations et les « modèles » d’évaluation les plus communs à la communauté des acteurs et des observateurs concernés est constitué d’un certain nombre de rapports tels que ceux de : Human Right Watch, Freedom House, Article 19, Reporters sans frontières,  Comité pour la Protection des Journalistes (CPJ),  la Fédération internationale des journalistes, l’Union Internationale de la Presse Francophone..

 

II. Des réalités mouvantes, des outils d’observation mutants :

Les pays et sociétés de la région maghrébine, pris dans le contexte des dynamiques de changement accéléré de la région arabe, sont davantage perceptibles par les diverses altérités. De ce fait, il convient à la fois de projeter la lumière sur les réalités mouvantes à observer dans les dynamiques de changement qui les travaillent, mais en même temps, par souci d’objectivité, de soumettre à des questionnements appropriés les outils et instruments d’observation et de mesure de ces changements.

D’abord, il s’agit d’esquisser le contexte du débat démocratique. L’observation des dynamiques sociopolitiques et des changements institutionnels est généralement problématique parce que nécessairement partielle, voire partiale, selon le point de vue et d’ancrage de l’observateur en question. La délicatesse de la question est d’autant plus mise à l’épreuve que le contexte marocain dépend, à l’instar, et peut-être à cause, des processus en cours dans la région arabe.

Le débat démocratique dans pareil contexte, sa pertinence, sa durabilité, dépendent à la fois des postures des protagonistes et de leurs visées annoncées et/ou implicites, de l’état de la liberté d’expression et des espaces publics portant ledit débat, ainsi que de la grille de lecture à laquelle est soumise l’évaluation du contexte de ce débat ;

Ensuite, il convient de faire le point sur l’état des réformes de tous ordres engagées au Maroc, comme dans l’ensemble des pays de la région arabe, selon des modalités et des spécificités propres à chaque contexte, dans le sillage d’un certain nombre d’évolutions institutionnelles et de transformations sociales, fruit d’accumulations et de positionnements de diverses forces et de nombre d’acteurs politiques et socioculturels s’exprimant via des structures partisanes, syndicales, citoyennes, de toutes sensibilités et de toutes tendances.

Dans le contexte de ces réformes et des interrogations et analyses qui s’y réfèrent, une question fondamentale se pose naturellement : à savoir la place, le rôle et l’impact des médias en général et des nouveaux médias (médias électroniques, réseaux sociaux, etc…) sur le débat démocratique public et plus généralement dans les processus des réformes suscitées et des dynamiques de développement  social et du développement dans tous les domaines.

La liberté de la presse est souvent appréciée, évaluée et jugée selon des critères issus de la (ou des) corporation (s) des acteurs de la scène médiatique. Quid de ces centres et relais de pouvoirs dans un contexte de convergences technologiques et de standardisation de la culture numérique dont les premières conséquences se font sentir précisément sur le secteur des médias ? Redéploiements, adaptations, retards, décalages, bouleversements dans les modèles et les logiques économiques des secteurs dépendant des progrès de la culture numérique qui maille de plus en plus l’ensemble des liens et réseaux sociaux… Autant de paramètres qu’il convient également de soumettre à la grille d’évaluation classique, mais aussi identifier, chemin faisant, les nouvelles variables, les indicateurs inédits, les grilles actualisées à l’aune des nouvelles réalités en la matière.

Egalement,  il s’agit de visiter les modalités de mesure de la liberté de la presse, de ses limites et dépassements, du degré de liberté d’accès à l’information et des diverses questions articulées sur cette dimension. Comment explorer les dimensions méthodologiques ? Quels critères, indicateurs, indices, hiérarchie et priorisation dans l’établissement des grilles d’évaluation, modes de calcul, élaboration de valeurs de référence, indices et barèmes, de ratios,  d’effets de pondération, etc..? Comment interpréter les critères adoptés pour décider de l’état des lieux, du rang,  de la presse au Maroc par rapport à ceux d’autres Etats? Quels sont les référents mobilisés? Comment expliquer certains classements, reclassements, déclassements, de qualifications, de déqualification, voire de disqualification des médias et de leur position sur une échelle de ces médias dans des rapports ayant droit de cité dans le domaine? On sait tous par ailleurs l’importance des enjeux et  l’impact de tels étalonnages sur la place dans les domaines politiques, économiques, culturelles..

  1. III.       Le Maghreb : homogénéités et spécificités :

L’observation et l’analyse des réalités dans les pays du Maghreb, considéré à la fois comme un bloc géostratégique homogène tant par ses caractéristiques historiques, humaines, sociologiques et de communauté de destin, qu’en tant qu’ensemble défini dans ses relations multiformes au sein de la région méditerranéenne, face à l’ensemble de la rive nord. Les deux ensembles sont engagés dans une relation duale où chacun est le complément de l’autre, mais également le vis-à-vis et le miroir réfléchissant souvent autre chose que la simple réalité objective.

Divers acteurs et observateurs des différents pays maghrébins seront là pour témoigner, comparer les situations en cours, dans ce qu’elles ont de comparable, comme dans ce qui les différencie. La somme de ces observations, pour leur part, constitue un échantillon qu’il s’agit de mettre en regard avec les analyses développées dans les axes précédents : une autre manière de croiser le regard exogène avec l’observation endogène et d’approfondir les interrogations et les questionnements sur les réalités en pleine mutation et les outils d’observation, d’analyse et d’évaluation travaillant « à ciel ouvert », laissant voir à la fois leurs interdépendances et leurs complexités, mais également une certaine forme de familiarité, d’intimité avec les individus et les communautés qui s’y investissent tout en en subissant les dérives et les aléas.